J’écris encore à la main

Madame Crayon vous recommande la lecture de ce superbe texte écrit par madame Nadine Descheneaux...

Oui, je gratte encore le papier avec mes crayons. Même que ça en est presque une folie : dans une papeterie, j’essaie systématiquement plusieurs stylos et feutres avant de faire mon choix. La pointe doit glisser gracieusement sur le papier, je ne dois pas sentir de mini-adhérence qui pourraient contrecarrer mon élan créatif (ou simplement mes idées à placer sur ma liste d’épicerie...), le corps du crayon doit m’offrir une bonne prise, etc. J’ai plein de critères de sélections étranges, je l’avoue. Mais c’est parce que j’aime en- core beaucoup écrire à la main. Et je pense que je ne suis pas la seule si je me fie aux gribouillis laissés sur les blocs-notes de papier «testeurs» près des étalages de crayons à vendre.

J’écris encore des cartes à la main que je poste (vous savez un timbre, une enveloppe et une boîte aux lettres!). Je tiens encore un journal intime depuis mon adolescence. J’ai des dizaines de cahiers d’idées pour noter les «flashs» pour mes articles, mes blogues, mes livres et mes projets. J’adore écrire des listes : de tâches à faire dans la journée, de livres à lire, de recettes à essayer, d’idées cadeaux pour mes proches, de trucs à acheter,

etc. Mes livres, je les débute toujours à la main. J’ai un plan, des notes écrites toutes croches, des ratures et d’innombrables flèches

J’aime le contact entre la feuille et mon crayon. C’est presque un acte sen- suel. Ma main se délie, se contracte, se relâche, bouge, avance, recule, rature, entoure et souligne; c’est presque une danse. J’aime le bruit délicat, parfois plus rythmé parfois se- lon l’intensité d’émotions que provoque ce qu’on jette sur papier. Le bruit du clavier me rappelle plutôt le travail. Non, écrire à la main n’est pas banale selon moi. C'est d’abord un pied-de-nez à tout ce qui est numérique. Un journal intime écrit à l’ordina- teur nous révèlera bien moins que celui écrit à la main, dans son lit. Ce dernier compor- tera des indices géants : la calligraphie, la couleur de l’encre, la forme des lettres, etc. Sous le coup de la rage ou de la trahison, on écrit rapidement, les lettres sont compri- mées, on pèse fort sur le crayon, on peut même transpercer la page tant on a de mots à crier. Au contraire, sur l’ordinateur, on ne peut déceler ces indices.

«Le simple geste de l’écriture manuscrite représente plus que la somme de ses mots; c’est très personnel et puissant», a dit Michael Salfi, le directeur de marque papeterie chez la compagnie BIC, les populaires stylos connus de tous. Et c’est totalement vrai : on en apprend beaucoup sur l’état de la personne qui a écrit. Pensez à des mots qui ont la tremblotte car la main, vieille, peine plus à écrire ou à un simple cœur à la place du point sur le «i» : ça change tout. Ça donne de la saveur, de l’authenticité et de l’émo- tion à ce qui est écrit. On lit entre les lignes, les humeurs de l’écrivain.

Aussi, quand on écrit à la main, nos mots sont plus près de nous, en ligne direct avec notre cœur et notre tête. Ils n’y a rien entre eux et notre corps. Quand on écrit à l’ordi, ils sont plus loin, presque détachés. Ils apparaissent devant un écran devant nous, pas relié à nous.

Bref, écrire à la main, c’est un charme auquel on devrait revenir plus souvent. Je ne jet- terai pas mon ordi pour renouer avec le plaisir d’écrire à la main tout le temps. Mais je sais que d’y revenir pour certaines choses (écrire une carte de fête, écrire une lettre à mes enfants, écrire dans mon journal intime, laisser un mot d’amour sur un post-it à mon amoureux, envoyer une carte postale, etc.) donne une autre dimension à ce que je dis... ce que j’écris!

Parution originale: 8 mars, 2012
Auteure: Nadine Descheneaux


Laissez un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être affichés